L'Urgence, la Garde et l'Avant-Garde

Avec Aurélie Dubois la question enfin se pose. Comment trouver dans les méandres des Galeries d’Art en ce début de XXIème siècle une « artiste de garde » ? Une artiste de garde au sens où s’impose au médicastre le devoir de garder c’est-à-dire d’être là. Où est-elle ? Nul ne le sait et d’ailleurs cela n’intéresse personne ; en dehors de quelques êtres esseulés de sexe masculin que la confusion entre le désir et ses arabesques taraude.

 

Alors que garde-t-elle ? Sinon comme elle le signifie elle-même la ligne. S’agit-il d’une ligne de conduite ? de mire ? ou plus vraisemblablement d’une ligne de fuite. Ce genre de ligne dont on manque férocement et qui a pour charme de dérouter les employés aux écritures, les ronds-de-cuir de l’interdit, les plumitifs de l’ordre et de la raison pudibonde ; bref une ligne de fuite qui fait que l’on s’égare avec toute la jouissance des fugues infantiles.

 

L’urgence est là : fuir, s’évader, se sauver du marasme que l’érotisme et le corps figent et statufient ; en quelque sorte une débandade où Aurélie Dubois défraie la chronique du corps en chronicisant ses défauts et ce dans le mutisme absolu et le silence tapageur du trait. À quoi servent les cheveux, les jambes, le sexe, les mains ? À quoi servent les oreilles, le nez, les ongles, à rien bien sûr, sauf à participer à une émouvante démangeaison. À quoi servent en effet ces excédents que le corps dénonce ? Celui-ci d’ailleurs ne peut-il vivre sans ces conventions normatives, précieuses au demeurant. (cf. M. M.)

 

Aurélie Dubois, prise dans l’urgence de dire le corps, hystérise cet amas groupusculaire, érectile et graisseux ; Elle le désengourdit au nom du sens mais aussi l’anesthésie en connivence avec le signe tout en le ridiculisant du charlatanisme que la différenciation sexuelle exprime. S’exprimer ou primer le sexe pourrait ressembler à la question majeure de l’œuvre d’Aurélie Dubois. Cette interrogation majeure est caduque, elle n’est qu’un leurre.

 

Le corps n’a malheureusement rien à voire avec le sexe et réciproquement car ils ne sont l’un et l’autre voir l’un dans l’autre que l’expression d’une tragique trahison que l’idée surfaite de la jouissance rassure. Ce qu’elle nous apprend par ses dessins, parce qu’elle semble l’avoir compris, c’est l’existence du mutant chez l’homme que le phantasme et l’inconscient stigmatisent. Elle fait du sexe comme on fait des enfants tout simplement parce que les enfants se font avec le sexe et ce dernier avec les enfants que nous avons nous-mêmes étés. Donc, comme nous pouvons le constater, tout est simple, c’est en ce sens qu’Aurélie Dubois se garde bien de l’avant-garde. Elle a raison.

 

Daniel Androvski,

Psychanalyste et Ecrivain

13 octobre 2008

 

 

* Martin Monestier – Les Monstres – Édition du Pont Neuf

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